Il y a quelques jours, au détour d’une sortie matinale, j’ai croisé un coureur que je vois régulièrement sur les mêmes chemins. Il avait ce regard un peu frustré que beaucoup connaissent. « Je ne comprends pas. Je cours quatre à cinq fois par semaine depuis des mois et pourtant je n’ai toujours pas l’impression de progresser. Dès que j’allonge la distance, je bloque. »
Avec l’arrivée de l’été et les premières chaleurs de juin, cette sensation revient souvent chez les coureurs amateurs. On pense manquer d’endurance. On se persuade qu’il faut ajouter des kilomètres. Courir davantage. S’entraîner plus souvent.
Et si le problème venait justement de là ?
À quel profil de coureur ressembles-tu ?
| Profil | Fréquence habituelle | Sensation dominante | Risque principal |
|---|---|---|---|
| Reprise / Débutant | 2 à 3 sorties par semaine | Essoufflement rapide | Vouloir progresser trop vite |
| Amateur régulier | 3 à 4 sorties par semaine | Plateau de progression | Accumuler trop de fatigue |
| Confirmé | 4 à 5 sorties par semaine | Jambes lourdes fréquentes | Négliger la récupération |
| Expert / Compétiteur | 5 à 7 sorties par semaine | Fatigue chronique possible | Surcharge d’entraînement |
La majorité des coureurs qui se plaignent d’un manque d’endurance se situent en réalité dans les deux catégories intermédiaires.
Le piège classique : confondre volume et progression
Dans l’esprit de nombreux runners, l’équation semble logique :
Plus je cours = plus je développe mon endurance.
Sur le papier, c’est vrai.
Dans la réalité, c’est beaucoup plus subtil.
Le corps progresse pendant l’entraînement, mais surtout après l’entraînement. C’est durant les phases de récupération que les muscles se reconstruisent, que le système cardiovasculaire s’adapte et que les réserves énergétiques se reconstituent.
Lorsqu’on accumule les sorties sans laisser suffisamment de temps à l’organisme pour absorber la charge, on entre dans une zone grise. On court beaucoup, mais on assimile peu.
C’est souvent à ce moment-là que les sensations deviennent contradictoires : on s’entraîne davantage, mais les jambes paraissent moins fraîches qu’avant.
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Les signes qui montrent que tu cours peut-être trop
Le surentraînement n’arrive pas uniquement aux athlètes de haut niveau.
Chez les coureurs loisirs, il prend souvent une forme plus discrète.
On continue à courir. Les séances sont réalisées. Le kilométrage est respecté. Pourtant quelque chose change.
Quelques indices reviennent fréquemment :
- des jambes lourdes dès l’échauffement ;
- une fréquence cardiaque plus élevée à allure identique ;
- une difficulté à accélérer ;
- des courbatures qui persistent plusieurs jours ;
- un sommeil moins réparateur ;
- une motivation en baisse.
Beaucoup interprètent ces signaux comme un manque de condition physique.
Paradoxalement, ils augmentent alors encore leur volume d’entraînement.
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C’est précisément ce qui entretient le cercle vicieux.
Pourquoi l’endurance se construit souvent en courant moins vite
L’un des plus grands paradoxes du running est que l’endurance se développe principalement à des allures relativement faciles.
Or beaucoup de coureurs transforment sans s’en rendre compte chaque sortie en séance modérément difficile.
Ni vraiment lente.
Ni réellement rapide.
Une sorte de zone intermédiaire fatigante qui génère beaucoup de stress mais relativement peu d’adaptations.
Les entraîneurs appellent parfois cela la « zone grise ».
À long terme, cette habitude peut freiner les progrès plus qu’elle ne les favorise.
C’est là que l’endurance fondamentale retrouve toute son importance.
Les sorties réalisées à faible intensité permettent d’améliorer l’utilisation des graisses comme carburant, de renforcer le réseau capillaire musculaire et de développer les bases aérobies sans générer une fatigue excessive.
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Le rôle souvent sous-estimé de la récupération
À cette période de l’année, un autre facteur entre en jeu : la chaleur.
Même lorsqu’elle reste modérée, elle augmente la charge physiologique des sorties. Une séance réalisée à 24 ou 25 degrés n’a pas le même impact qu’une séance identique effectuée en avril.
Le cœur travaille davantage.
L’hydratation devient plus complexe.
La récupération ralentit parfois.
Pourtant, beaucoup de coureurs conservent exactement le même volume hebdomadaire.
Le résultat est prévisible : la fatigue s’installe progressivement.
Introduire une journée de repos supplémentaire ou remplacer ponctuellement une sortie par une séance de récupération active permet souvent de retrouver de meilleures sensations en quelques semaines.
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Faire moins… pour aller plus loin
Cela paraît contre-intuitif.
Pourtant, de nombreux coureurs constatent une amélioration après avoir réduit temporairement leur charge d’entraînement.
Non pas en arrêtant de courir.
Mais en rééquilibrant les choses.
Par exemple :
- une séance qualitative par semaine ;
- une sortie longue adaptée ;
- une ou deux sorties très faciles ;
- une vraie journée de récupération.
Cette organisation produit souvent davantage de bénéfices qu’une succession de sorties moyennes réalisées dans la fatigue.
Les plans d’entraînement structurés reposent d’ailleurs sur ce principe : alterner intelligemment charge et récupération.
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Et si ton endurance était déjà là ?
C’est parfois la question la plus intéressante.
Chez de nombreux coureurs de 40, 50 ou 60 ans, le problème n’est pas l’absence d’endurance.
C’est l’incapacité à l’exprimer pleinement à cause d’une fatigue accumulée.
Lorsque l’organisme retrouve de la fraîcheur, les sensations changent rapidement :
- les allures deviennent plus faciles ;
- la respiration redevient fluide ;
- les jambes répondent mieux ;
- la confiance revient.
Cette amélioration donne souvent l’impression d’avoir progressé alors qu’en réalité, elle révèle simplement un potentiel qui était masqué par la surcharge.
En running, la tentation est grande d’ajouter toujours plus.
Pourtant, les coureurs qui progressent sur la durée ne sont pas forcément ceux qui en font le plus. Ce sont souvent ceux qui savent alterner les périodes d’effort et les périodes d’assimilation.
À l’approche de l’été, si tes sensations sont moins bonnes malgré un entraînement régulier, la solution n’est peut-être pas une sortie supplémentaire.
Elle se trouve peut-être dans la séance que tu choisis de ne pas faire.









